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Profession 26 octobre 2026 · 4 min de lecture

La rareté des ergothérapeutes freine la PCH, écrit la Cour des comptes

Dans un rapport sur la prestation de compensation du handicap (PCH) publié le 3 décembre 2025 pour la commission des finances de l'Assemblée nationale, la Cour des comptes cite « la rareté des ergothérapeutes pour évaluer les besoins en aides techniques » parmi les causes des écarts entre départements. Les chiffres de 2026 montrent la place que les réformes en cours donnent déjà à la profession.

Façade de la Cour des comptes à Paris, porche surmonté de l'inscription Cour des comptes.

Le siège de la Cour des comptes, à Paris. Son rapport sur la PCH a été publié le 3 décembre 2025 pour la commission des finances de l'Assemblée nationale.

L'essentiel

  • La Cour des comptes cite « la rareté des ergothérapeutes » parmi les contraintes qui expliquent les écarts entre MDPH, où un dossier de PCH demandait en moyenne 6,1 mois de traitement fin 2024.
  • Les aides techniques pèsent un peu plus de 1 % des 3 Md€ de la prestation et dépendent d'un arrêté tarifaire inchangé depuis 2008 ; la Cour propose d'en confier le financement par défaut à l'Assurance maladie.
  • Depuis le 1er décembre 2025, l'ergothérapeute figure parmi les prescripteurs des fauteuils roulants intégralement remboursés, une réforme dont 185 000 personnes avaient bénéficié à la mi-avril 2026.

Une profession citée parmi les causes des écarts entre MDPH

La PCH finance l'aide humaine, les aides techniques et l'aménagement du logement ou du véhicule des personnes handicapées. Son coût a été multiplié par douze entre 2006 et 2010, puis environ par trois, jusqu'à 3 Md€ en 2023 pour quelque 407 000 bénéficiaires recensés par la DREES. Il pourrait dépasser 4 Md€ d'ici 2030, selon la Cour.

Stylo posé sur un tableau de chiffres, à côté de graphiques imprimés.
La Cour des comptes a retracé la dépense de PCH depuis la création de la prestation, en 2006, jusqu'à 2023.

Le rapport s'attarde sur les écarts entre territoires. Fin 2024, le traitement d'un dossier de PCH prenait en moyenne 6,1 mois, contre cinq mois pour l'ensemble des demandes adressées aux MDPH et un délai réglementaire de quatre mois. Selon le département, l'attente va de 2,5 à 16 mois, et le taux d'accord de 20 % à 92 %, pour une moyenne nationale de 47 %.

Délai de traitement d'un dossier de PCH

En mois, échelle de 0 à 16 · moyennes fin 2024 et écarts entre départements · Cour des comptes, décembre 2025

Département le plus lent16 mois
Moyenne nationale, dossiers de PCH6,1 mois
Moyenne nationale, toutes demandes MDPH5 mois
Délai réglementaire4 mois
Département le plus rapide2,5 mois
La barre en pointillés marque le délai fixé par les textes, pas une mesure. D'un département à l'autre, l'attente varie dans un rapport de un à plus de six.

Une partie de ces écarts tient, selon la Cour, à des contraintes d'organisation des maisons départementales, parmi lesquelles « la rareté des ergothérapeutes pour évaluer les besoins en aides techniques ». Ces contraintes réduisent leur capacité à aller au-devant des besoins des usagers.

Le rapport donne aussi la mesure du travail d'évaluation. La PCH ne représente que 5 % des décisions des MDPH, mais un plan de compensation exige « une visite à domicile et un échange approfondi avec l'usager », soit deux à quatre heures pour l'évaluateur. Les délais varient d'ailleurs selon que ces visites sont systématiques ou non.

Façade d'une maison départementale des personnes handicapées, avec l'enseigne MDPH.
Selon la Cour des comptes, un plan de compensation de PCH représente deux à quatre heures de travail pour l'évaluateur de la MDPH.

Des aides techniques encadrées par des textes de 2008

Les aides techniques ne représentent qu'un peu plus de 1 % du coût total de la prestation, alors que certains équipements atteignent plusieurs dizaines de milliers d'euros. Selon la Cour, le partage de leur financement entre l'Assurance maladie et la PCH s'appuie sur un arrêté tarifaire « qui n'a pas été actualisé depuis 2008 », devenu obsolète au regard de l'évolution de la liste des produits remboursables. Les fauteuils roulants sortent en grande partie de ce schéma depuis leur prise en charge intégrale par l'Assurance maladie, au 1er décembre 2025 : la Cour relève que la réforme devrait supprimer le premier poste d'intervention des fonds départementaux de compensation. Pour les autres aides techniques, l'arrêté reste la référence. Le guide d'évaluation Geva n'a pas davantage été révisé depuis cette date, et les équipes pluridisciplinaires lui préfèrent souvent des grilles simplifiées.

Sur 100 € de PCH dépensés

1 carré = 1 % de la dépense totale · Cour des comptes, décembre 2025

Plus de 90 %

pour l'aide humaine

Plus de 1 %

pour les aides techniques

Un poste marginal dans la dépense, encadré par un arrêté de 2008. Les deux parts ne s'additionnent pas à 100 : le reste couvre les autres éléments de la prestation, dont l'aménagement du logement et du véhicule.

La grille 2026 de la CNSA illustre ce décalage : l'aide humaine y suit le relèvement du Smic et un tarif plancher de 25 € de l'heure pour les services prestataires, quand les aides techniques restent prises en charge selon un « tarif détaillé » ou à 75 % de leur prix. La deuxième recommandation de la Cour propose une refonte dès 2026 : l'Assurance maladie deviendrait le financeur par défaut des aides techniques, la PCH étant recentrée sur des cas ciblés.

En 2026, l'ergothérapeute prescrit des fauteuils remboursés à 100 %

La réforme des fauteuils roulants applique déjà cette logique. Depuis le 1er décembre 2025, les véhicules pour personnes en situation de handicap, manuels ou électriques, sont intégralement remboursés, à l'achat comme en location. Pour un achat ou une location longue durée, le parcours commence par l'évaluation d'un professionnel de santé compétent, médecin ou ergothérapeute. L'ergothérapeute figure aussi parmi les prescripteurs et peut signer un renouvellement à l'identique.

À la mi-avril 2026, 185 000 personnes avaient bénéficié de la réforme selon le ministère. Une instruction du 12 mai 2026 a depuis prévu une cartographie nationale des binômes de prescripteurs, relayée par les agences régionales de santé.

Fauteuil roulant manuel vide devant une baie vitrée voilée de rideaux blancs.

Fauteuils remboursés à 100 %

185 000

bénéficiaires du 1er décembre 2025 à la mi‑avril 2026, dont :

Locations38 000
Achats30 000

Ministère chargé des personnes handicapées · AFP · avril et mai 2026

Achats et locations ne sont qu'une partie du total, qui inclut aussi les forfaits de service après-vente. Barres à la même échelle, de 0 à 40 000.

D'autres indicateurs de 2026 vont dans le même sens. L'Anah s'est fixé un objectif de 41 000 logements adaptés avec MaPrimeAdapt' sur l'année, et 11 869 l'étaient au 30 juin. La loi du 8 avril 2024 prévoit aussi une équipe locale d'accompagnement sur les aides techniques (EqLAAT) par département ; les 24 équipes pionnières, faites d'ergothérapeutes et de travailleurs sociaux, poursuivent leur activité en attendant le décret de généralisation.

La recommandation de la Cour prolonge ainsi le chemin ouvert par les fauteuils : confier à l'Assurance maladie le financement des aides techniques. Dans les deux cas, tout commence par l'évaluation des besoins, exactement là où le rapport constate la rareté des ergothérapeutes.

Sources

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