L'essentiel
- Une solution que la personne peut mettre en place elle-même, chez elle, a été proposée dans 76 % des situations vues par l'ergothérapeute, contre 5 % de celles vues par le médecin.
- Le dispositif tient en une journée de consultation par semaine, sans matériel ni budget dédiés, et un relevé de quatre colonnes : une seule maison de santé suffit à le mettre en place.
- Le nombre de patients reste petit et l'économie annoncée est une estimation : les résultats sont encourageants, mais ils restent à confirmer.
Cinq mois, une permanence hebdomadaire, 386 patients
Le projet s'appelle I CAN Primary Care. Des ergothérapeutes ont été rattachés à des cabinets de médecine générale du nord du Pays de Galles : une journée de consultation par semaine, dans les murs du cabinet, au milieu des autres rendez-vous. Aucun équipement à installer, aucun local à aménager, aucun budget créé pour l'occasion. En cinq mois, 386 patients y ont été reçus. Le Royal College of Occupational Therapists (RCOT) en a tiré une preuve écrite, référencée PCC0027, versée à une audition parlementaire sur les soins primaires.
L'écart le plus net que relève le document porte sur ce qui a été proposé à ces patients : des solutions d'autogestion. C'est-à-dire des changements que la personne met en place elle-même, chez elle, sans ordonnance ni rendez-vous suivant — une salle de bain réorganisée pour se laver seul, des tâches ménagères réparties autrement sur la semaine quand la fatigue oblige à compter son énergie, une activité abandonnée reprise sous une forme tenable.
Une solution d'autogestion a-t-elle été proposée ?
Une solution que la personne applique elle-même, sans ordonnance ni nouveau rendez-vous · en % des situations vues · pilote de 5 mois, 386 patients · RCOT, preuve écrite PCC0027
Là où le médecin diagnostique, prescrit et adresse, l'ergothérapeute part de la journée de la personne : ce qu'elle n'arrive plus à faire, à quel moment, et ce qui le lui rendrait possible. Cela se voit au domicile ou dans le récit d'une semaine ordinaire, plus difficilement en dix minutes de consultation. Et cela pèse sur la suite : une solution que la personne applique elle-même ne demande ni ordonnance à renouveler, ni rendez-vous de contrôle.

Ce que la permanence a permis d'éviter
Le RCOT a compté deux types de recours évités : la consultation médicale que le patient aurait sollicitée, et l'orientation vers l'équipe de santé mentale communautaire.
Sur 100 situations vues par l'ergothérapeute
1 carré = 1 situation sur 100 · pilote de 5 mois, 386 patients · RCOT, preuve écrite PCC0027
0
consultations médicales évitées
0
orientations vers l'équipe de santé mentale communautaire évitées
Le collège avance également une économie moyenne de 327,59 £ par patient reçu. C'est une estimation, calculée sur 386 personnes suivies cinq mois, sans groupe témoin ni vérification comptable ensuite. À prendre comme un ordre de grandeur.
Une profession sans place écrite dans les maisons de santé
Le RCOT a produit ces chiffres pour appuyer une demande de postes. Il recense 200 ergothérapeutes pour environ 6 500 cabinets de médecine générale en Angleterre, et en réclame 1 400 de plus. La demande a été suivie d'effet : la rééducation et le reablement — le réapprentissage des gestes du quotidien, à domicile, après une hospitalisation ou une perte d'autonomie — conduits par les thérapeutes figurent désormais dans les orientations de la santé de proximité du NHS.
En France, l'objectif annoncé le 13 septembre 2025 par le Premier ministre ne s'accompagne d'aucune donnée de ce type.
Des maisons de santé qui doivent doubler en quatre ans
En nombre de structures · France · ministère de la Santé (2023), annonce gouvernementale du 13 septembre 2025
Le cadre d'exercice, lui, reste incomplet. Les actes d'ergothérapie en ville ne figurent sur aucune liste d'actes remboursables : la séance reste à la charge du patient, sauf aide spécifique. L'article L. 4331-1 du code de la santé publique subordonne toujours l'exercice à une prescription médicale, alors qu'une enquête de l'ANFE établissait en 2023 que 35 % des professionnels seulement en disposent systématiquement. Le Sénat avait adopté le 17 novembre 2025 un amendement gouvernemental ouvrant l'exercice « dans le cadre d'un adressage » : sans ordonnance, sur la seule orientation d'un autre professionnel de l'équipe. Neuf mois plus tard, le code n'a pas été modifié.

La démarche galloise repose sur quelques éléments simples : une maison de santé, une permanence hebdomadaire, cinq mois, et un relevé de quatre colonnes — le motif du recours, la solution proposée, le recours qui aurait eu lieu sans elle, ce qu'il aurait coûté. Aucune équipe française n'a publié ce type de relevé à ce jour.
Sources
- Royal College of Occupational Therapists, preuve écrite PCC0027, Parlement britannique — pilote I CAN Primary Care, nord du Pays de Galles. committees.parliament.uk
- RCOT, Neighbourhood Health Guidelines. rcot.co.uk
- « 5 000 maisons France Santé d'ici 2027 », annonce du 13 septembre 2025 — 2 501 maisons de santé pluriprofessionnelles recensées au 31 décembre 2023. info.gouv.fr
- Code de la santé publique, article L. 4331-1. legifrance.gouv.fr
- Amendement n° 1311 au PLFSS 2026, adopté au Sénat le 17 novembre 2025. senat.fr
- Enquête ANFE 2023 sur la prescription, citée dans la question écrite Sénat n° 06125 et la tribune de janvier 2025. senat.fr · anfe.fr